Littérature étrangère

Les pingouins n'ont jamais froid

Publié le jeudi 13 février 2025

Ukraine ou Tchétchénie, même combat...

Andreï Kourkov fait le récit d'une Ukraine post-soviétique. Nous sommes toujours au tournant des années 1990. En 1991, c'est la fin de l'URSS. En 1994 se déroule la première guerre de Tchétchénie menée par Boris Eltsine. L'arrivée au pouvoir de Vladilmir Poutine va entraîner la seconde guerre de Tchétchénie. la Russie reprendra le contrôle de ce territoire en s'emparant de Grozny en 2000. Voilà pour le conrexte. Mais revenons à notre Pingouin. Victor, son maître, a fui Kiev et son métier de journaliste. Ecrire de leur vivant des nécrologies de personnalités en vue promise à une mort suspecte n'est pas sans risque. On imagine que divers clans s'affrontent. La vie de Victor est menacée. Micha le pingouin lui a été volé et revendu à un oligarque russe qui a également failli.

Le pingouin a changé à nouveau de propriétaire lequel cette fois est parti en Tchétchénie. Ce sont les à côtés de cette guerre - à l'époque Poutine parlait d'une "opération anti-terroriste" - qui constituent la toile de fond de ce nouveau récit. Nous traversons le pays de nuit, restons de longues semaines coincés dans une sombre forêt dans un étrange crématorium où s'amoncellent des soldats tués au combat que l'on réduit en cendres. Pour pouvoir les rendre à leur famille en Russie plutôt que de les inhumer sur place. Cela ferait de cette terre une terre Russe. Définitivement. Sans rien dévoiler de ses aventures, Victor finira pas retrouver son pingouin. Il repassera la frontière via Tangaroc, ville industrielle non loin de Rostov sur le Don, 17 heures de train de Kiev. Quel voyage !

A nouveau, difficile de ne pas établir un parallèle avec l'Ukraine d'aujourd'hui. 22 février 2022 ? Une opération militaire spéciale... Quelle anticipation de la part d'Andrei Karkov. Quelle préscience. Les écrivains éclairent le monde.


Extrait

« Quelques jours plus tard, on lui apporta un dossier de la part de son rédacteur en chef. En examinant ces nouveaux papiers, Victor comprit que, cette fois, il allait s'occuper de militaires, de haut rang qui plus est. Ces «aspirants» aux «petites croix» étaient une vingtaine, dont les CV combinaient harmonieusement nostalgie du régime soviétique et trafic d'armes. Ils contenaient aussi, à l'envi, du transport d'émigrants clandestins entre l'Ukraine et la Pologne avec des hélicoptères de l'armée, ou des disparitions d'avions de transport qu'ils avaient donnés en location. La suite était encore plus croustillante.»